Valorisation d’entreprise en transaction : quelle méthode retenir ?
Introduction
Lors d’une acquisition, le prix payé ne correspond jamais à la seule valorisation de l’entreprise.
En pratique, la négociation part d’une valeur d’entreprise, dont on retranche ensuite la dette nette ou à laquelle, à l’inverse, s’ajoute de la trésorerie disponible, afin d’aboutir à la valeur des titres.
C’est à ce niveau que se construit réellement le prix.
Deux entreprises peuvent ainsi présenter la même valeur d’entreprise et conduire pourtant à des prix très différents : l’une peut avoir 200 M€ de dette nette, l’autre disposer de 100 M€ de trésorerie.
Autrement dit, en transaction, la question n’est pas seulement celle de la valeur affichée. Elle consiste aussi à comprendre ce qui est réellement acquis : les titres.
Dans ce cadre, trois approches reviennent régulièrement dans les discussions : la méthode des comparables, la méthode DCF et l’approche patrimoniale.
- La méthode des comparables
Cette méthode repose sur deux éléments essentiels : l’EBITDA retenu et le multiple appliqué.
Le premier sujet est celui de l’EBITDA. Encore faut-il déterminer quel EBITDA retenir. Des retraitements sont souvent nécessaires pour neutraliser les éléments non récurrents et faire ressortir une performance normative.
Le second sujet est celui du multiple. C’est lui qui, appliqué à l’EBITDA, permet d’aboutir à la valorisation. Son niveau dépend du secteur d’activité de l’entreprise.
L’effet peut être significatif. Avec un multiple de 8x, un écart de 1 M€ d’EBITDA entraîne un écart de 8 M€ de valorisation. Cela montre à quel point les retraitements peuvent avoir un impact important.
En pratique, les échanges portent souvent sur le multiple. Mais derrière ce multiple, c’est bien l’EBITDA ajusté qui constitue l’un des principaux sujets de discussion.
Ainsi, derrière un multiple, il y a toujours un EBITDA à analyser.
- La méthode d’actualisation des flux de trésorerie disponibles (DCF)
Fin 2025, Canal+ a racheté MultiChoice, acteur majeur sud-africain de la télévision et du streaming, pour un montant estimé à 1,7 milliard d’euros, alors même que le nombre d’abonnés était en baisse.
Pourquoi investir dans ce contexte ? Parce que le service de vidéo à la demande devrait atteindre jusqu’à dix millions d’abonnés d’ici 2030.
Pour intégrer cette valeur future, la méthode d’actualisation des flux de trésorerie disponibles, ou DCF, apparaît naturellement pertinente.
Cette approche ne repose toutefois pas uniquement sur le taux de croissance à long terme, le taux d’actualisation ou la valeur terminale. Elle dépend aussi de la qualité des agrégats financiers utilisés pour construire les flux.
Deux hypothèses peuvent, à elles seules, faire fortement varier la valorisation.
La première est le taux d’actualisation. Le coût moyen pondéré du capital influence directement la valorisation, et quelques points de base suffisent parfois à modifier sensiblement le résultat.
La seconde est l’EBITDA ajusté. Un DCF ne vaut que par la qualité des flux retenus, et ces flux dépendent directement de l’EBITDA ajusté.
Autrement dit, une part importante de la valeur peut reposer à la fois sur des hypothèses de long terme et sur la qualité des agrégats utilisés pour construire le modèle.
- L’approche patrimoniale
En mars 2026, le fonds Afrique du Nord de RMBV, aux côtés de Proparco, a signé un accord d’investissement de 90 millions de dollars avec Africa Feed & Food, groupe agro-industriel marocain présent sur l’ensemble de la chaîne de valeur des céréales et de la volaille.
Dans une logique de croissance future attendue, la méthode patrimoniale n’aurait pas été l’approche la plus représentative. La raison est simple : elle ne prend pas en compte le potentiel économique futur de l’entreprise.
En théorie, la valeur des actifs ajustés à leur valeur de marché, diminuée de la dette nette, permet d’obtenir la valeur des titres.
Mais, en transaction, cette méthode se heurte rapidement à deux limites.
La première est qu’elle ne reflète pas le potentiel économique futur de l’entreprise, qu’il soit élevé ou, au contraire, limité.
La seconde concerne la définition même de la dette. Et, sur ce point, les sujets deviennent vite techniques : provisions, engagements, éléments hors bilan…
Dans les faits, cette méthode est surtout mobilisée pour des holdings ou pour des activités très capitalistiques.
C’est une approche que l’on rencontre régulièrement, mais qui est rarement utilisée seule comme fondement principal de la valorisation en transaction.
Conclusion : le choix de la méthode dépend avant tout du contexte
En mars 2026, la start-up marocaine-sénégalaise Weego a levé 1,1 million de dollars auprès du fonds Innovation d’Azur, dans le cadre de l’accélération du déploiement de sa plateforme de transport multimodale au Maroc et du lancement de son expansion en Afrique, en Europe et au Moyen-Orient.
Quelle méthode de valorisation a pu être retenue dans ce type d’opération ?
Dans une logique de potentiel futur, la méthode DCF peut paraître pertinente. À l’inverse, dans une perspective de revente à court terme, la méthode des comparables peut apparaître plus représentative.
C’est sans doute l’idée principale à retenir : il n’existe pas de bonne méthode de valorisation en soi. Il existe avant tout un contexte d’usage.
En pratique, aucune approche ne s’impose seule : on les applique toutes et on les pondère selon le contexte. Ainsi, les méthodes se complètent, se confrontent et s’adaptent au secteur, au profil de l’entreprise et au contexte de transaction.
Pour résumer :
• les multiples traduisent le langage du marché ;
• le DCF renvoie à la performance future ;
• l’approche patrimoniale propose une lecture du bilan.
Au-delà de leurs différences, la plupart de ces méthodes supposent un travail rigoureux sur les agrégats financiers, notamment sur l’EBITDA ajusté et la dette nette.
Et c’est précisément à ce niveau que se joue une partie importante de la négociation.
La qualité du prix payé dépend directement de la qualité des analyses et des retraitements réalisés en amont.
En ce sens, la valorisation ne se réduit pas au choix d’une méthode. Elle constitue aussi un point de départ de la formation du prix.
Chez Yérima Advisory, nous sécurisons les agrégats clés afin d’éclairer la négociation et la formation du prix.
Salim Orou Yérima
- Conseil financier, Conseil en Comptabilité et Audit